La Fête de la mi-automne (ou Festival de la mi-automne) (chinois traditionnel : 中秋節 ; chinois simplifié : 中秋节 ; pinyin : Zhōngqīujíe ; au Vietnam : Tết Trung Thu ; au Japon : Tsukimi), est célébrée le soir du 15e jour du huitième mois lunaire, qui est toujours une nuit de pleine lune, Ce jour-là, la pleine lune est la plus ronde et la plus lumineuse de l’année, ce qui symbolise l’unité de la famille et le rassemblement. On s’accorde en général pour y voir la synthèse d’un ancien culte lunaire et d’une fête agricole, célébration des récoltes de l’année accompagnée d’un festin. C’est l’anniversaire du Dieu du Sol, le « fonctionnaire divin » local, et les paysans en profitent pour solliciter sa bienveillance pour l’année à venir.

Sous la clarté lunaire

La lune est depuis longtemps la grande vedette de cette fête que l’on nomme également fête de la lune. Dans de nombreuses régions chinoises, on considère l’automne comme la plus belle saison, plutôt sèche et tempérée, et la lune de la mi-automne est réputée être la plus belle. C’est donc autour d’elle que sont organisées les activités festives, appelées traditionnellement shang yue 賞月 (contemplation de la lune) et zou yue 走月 (promenade sous la lune), qui se concrétisent par un pique-nique nocturne très populaire. Dans les zones urbaines, les parcs et les cours des écoles restent ouverts à cet effet, et certains n’hésitent pas à s’installer sur le trottoir avec leur matériel de barbecue. Les enfants se promènent avec des lanternes éclairées. Les fermiers célèbrent la moisson et la fin de la saison agricole.

On consomme les fameux gâteaux de lune (yue bing 月餅) Le modèle traditionnel contient une pâte sucrée de haricots ou dattes enrobant souvent un jaune d’œuf de cane salé qui rappelle la lune (le mélange sucré-salé est tout à fait acceptable pour une pâtisserie chinoise). La surface est décorée de motifs en relief en relation avec les légendes lunaires ou de sinogrammes auspicieux, et plus récemment de caractères indiquant prosaïquement le contenu des gâteaux pour faciliter le choix des clients devant leur diversité croissante. La légende populaire rapporte l’existence d’une déesse nommée Chang’e 嫦娥 , d’un lapin et d’un bûcheron vivant sur la lune. Les magasins qui vendent des gâteaux de lune un peu avant la fête montrent souvent l’image de la déesse Chang’e flottant vers la lune.

Aux gâteaux de lune est liée une anecdote historique: la tradition veut en effet que le signal de la révolte des Chinois Han contre la dynastie mongole Yuan qui allait amener l’avènement des Ming ait été donné par le biais de messages cachés à l’intérieur de ces pâtisseries.

La fête de la mi-automne représente l’un des deux plus importants congés du calendrier chinois, l’autre étant la nouvelle année lunaire chinoise, ou Nouvel An chinois; elle est jour ferié dans de nombreux pays asiatiques.

Fête féminine

Liée à l’énergie yin du couple Yin-Yang, la lune est un symbole féminin. Des documents mentionnant l’antique culte lunaire prétendent qu’il était rendu exclusivement par les femmes. D’autre part, selon la tradition, les amitiés se font et se défont sous le regard de la lune, et les mariages sont arrangés dès la naissance par un personnage mythique appelé le vieil homme sous la lune (yuexialaoren 月下老人). Tous ces facteurs s’unissent pour faire de la fête de la mi-automne un soir propice aux entreprises romanesques. Dans la société rurale d’autrefois, les jeunes filles partaient dans les champs et potagers obscurs arracher à tâton un plant de légumes. Certains types, la ciboule (cong 蔥) par exemple, auguraient particulièrement favorablement de l’avenir matrimonial. Des rendez-vous romantiques ont remplacé de nos jours cette coutume, appelée « vol de légumes » (touguacai 偷瓜菜).

Même les empereurs n’échappent pas à l’atmosphère magique de cette fête. La légende veut que l’empereur Tang Xuan-zong, dont la vie est riche en anecdotes romanesques, ait entendu cette nuit-là d’une terrasse de son palais la musique merveilleuse provenant du palais lunaire qu’il mémorisa et fit transcrire. Ce serait l’origine du morceau « vêtements d’arc en ciel et de plume » (nishangyuyiqu 霓棠羽衣曲).

Autres thèmes

La tradition taoïste a repris des thèmes de la mythologie chinoise antique pour créer ces deux légendes associées à la lune : « La fuite de Chang-e » (嫦娥奔月) et « Wugang coupe le cannelier » (吳剛砍桂).

L’archer Houyi 后羿 avait pour épouse une certaine Heng-e 姮娥 (dont le nom fut changé en Chang’e à cause de son homonymie avec un nom d’empereur). Il lui avait confié un élixir de longue vie offert par Xiwangmu, qui dans les traditions taoïstes règne sur une terre d’immortalité située à l’Occident. Ne voulant pas attendre d’avoir atteint un âge avancé pour consommer sa part, comme le lui conseillait son mari, Chang-e absorba l’intégralité de la dose et sentit aussitôt son corps se mettre à flotter. Trop embarrassée par sa conduite pour se rendre dans le ciel des immortels comme prévu, elle s’exila sur la lune où elle est censée depuis vivre dans un palais de jade nommé Guanghangong 廣寒宮. Elle y a été rejointe par Wugang, un apprenti immortel exilé pour son manque de détermination et condamné à y couper un cannelier magique qui repousse sans cesse.

Toujours dans la lignée du taoïsme, vivrait sur la lune un lièvre apothicaire souvent représenté avec son mortier. Des traditions très anciennes associent la lune au crapaud et au lièvre.

Une autre théorie affirme que la fête de la mi-automne commémore les révoltes chinoises du début du quatorzième siècle contre les dirigeants mongols. Les rebelles chinois auraient caché a l’intérieur de gâteaux de lune des notes appelant à la révolte, puis les auraient envoyés à leurs compatriotes. En effet, à la différence des Chinois, les Mongols ne mangeaient pas ces gâteaux. Le message caché dans les gâteaux était « Tuez les barbares le quinze août » (八月十五殺韃子).

« En automne le ciel est clair et la lune particulièrement brillante » (dicton chinois)

Gâteau de lune

Gâteau de lune

Gâteaux de lune fourrés au rhizome de lotus (gauche) et à la pâte de haricot rouge, avec jaune d'œuf (droite)

Gâteaux de lune fourrés au rhizome de lotus (gauche) et à la pâte de haricot rouge, avec jaune d’œuf (droite)