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Point n’est besoin d’être marxiste pour être convaincu que les technologies, comme les sciences qui leur servent de fondation, ne prennent de sens que rapprochées de l’arrière-plan politique et sociologique des groupes humains qui les mettent en oeuvre. Cela leur confère des profils à chaque fois bien différents, auxquels il est indispensable de réfléchir.

On peut illustrer cette quasi-banalité par des exemples récents. Le premier concerne deux projets exposés dans la revue Sciences et Avenir de septembre 2002. L’un est intitulé: La maison du bonheur et décrit une expérience d’habitat hyper-numérisé, dans un local doté de toutes les technologies « intelligentes ». Des cobayes y vivent une expérience de câblage et d’interactivité ininterrompue. Il s’agit du Phénom (Perceptive Home Environment) à l’essai actuellement en Hollande.

Le deuxième projet décrit par Sciences et Avenir concerne un projet de maison proactive intitulé House_n, The MIT House of the Future, développé au sein du MediaLab du MIT par l’architecte et concepteur « révolutionnaire » Kent Larson. Ce projet vise à assurer un télémonitoring permanent de personnes en bonne santé (les Healthy People) par un groupe de conseillers médicaux distants (les Healthy Advisors). Les seconds, supposés en bonne santé, si on en croit leur appellation, ont pour mission de faire en sorte que les premiers le restent le plus longtemps possible. Ils surveillent à cette fin, grâce à différentes techniques de télé-diagnostic, télé-documentation médicale et le cas échéant télé-médecine, les différents paramètres vitaux des gens en bonne santé.  ils les conseillent à la demande en temps quasi-réel. Le concept n’a rien d’idiot. On pourrait même concevoir qu’il se généralise, soit au profit de patients faisant l’objet d’un télé-suivi, soit même pour la consultation et le diagnostic. Des stations déportées de diagnostic et de soins permettraient ainsi, avant toute relation impliquant le contact direct entre patient et soignant, de démultiplier, notamment au profit d’une population géographiquement dispersée, les conseils et consultations. Plus généralement, ce concept va bien dans le sens actuel, où les malades, comme les gens craignant de le devenir, participent eux-mêmes de plus en plus activement à leur suivi et à leur traitement.

tour solaire © http://www.aie.org.au/pubs/enviromission.htmUn exemple tout différent de développement technologique très prometteur est celui dont la presse (voir notamment Le Monde du 04/09/02 p. 25) n’a pas manqué à juste titre de saluer l’audace et l’intérêt.
Il concerne l’érection d’une Tour solaire de 1.000 mètres de haut, à Buronga dans le désert Australien.
Le consortium australien EnviroMission est en charge du projet, dont le designer et le maître d’oeuvre industriel est Schlaich Bergermann and Partner (SBP), groupe allemand spécialiste de grands travaux de ce type. Le projet, qui a fait l’objet d’études techniques et économiques très poussées, sera le chef d’oeuvre de ce début de siècle en matière d’énergies renouvelables, s’il arrive à terme. Les liens que nous vous proposons ci-dessous permettent de s’en rendre compte. Disons seulement que l’on rejoint là, à une échelle encore modeste, les grands projets de l’avenir, tel l’ascenseur spatial, évoqués notamment par Hans Moravec dans son livre Robot, dont nous vous avions fait la recension dans notre dernier numéro. Pour la petite histoire, afin de montrer que les écologistes ne sont jamais contents (mais peut-être ont-ils parfois raison de ne pas l’être), il paraîtrait que certains Verts australiens, au lieu se de réjouir de voir économiser des énergies fossiles polluantes, commencent à se plaindre du réchauffement de la haute atmosphère produite par l’éviction de l’air chaud au sommet de la tour. On a peine à penser pourtant que les bilans énergétiques soient comparables.  

La morale de l’histoire

Quoi qu’il en soit, revenons à notre propos. Ces divers projets sont tous intéressants. Ils mettent en oeuvre des technologies et des industriels très avancés. Ils entraînent un progrès incontestable des sciences appliquées et fondamentales. On ne peut donc que  souhaiter les voir réussir et faire des émules partout dans le monde.

La seule chose qui les distingue est leur profil économique et politique. Dans l’état actuel des choses, les deux maisons du futur décrites ici visent une clientèle sursaturée de protection et de facilités, qui loin de penser à en faire profiter les autres, cherche à s’entourer d’un cocon protecteur encore renforcé. Sans doute rêvent-ils de créer un super-organisme constitué de maisons analogues en réseau, vivant loin du bruit et des fureurs du monde sous-développé. S’il s’agissait d’émigrer dans un satellite ou une planète extérieure, pourquoi pas. mais sur Terre, il y a sans doute mieux à faire de telles technologies.

La Tour solaire au contraire, même si elle n’est pas promue par des philanthropes, s’inscrit dans la recherche indispensable de nouvelles technologies capables de soutenir le développement des pays riches, comme aussi pourquoi pas, des pays pauvres, sans aggraver encore – ou en aggravant moins – le poids prélevé sur l’environnement. Elle est donc d’un tout autre avenir, et bien plus digne que les deux maisons précédentes d’encourager nos rêves.

Nous conclurons alors, comme nous le faisons souvent ici: « Pourquoi ne pas faire de même en France, dans un coin, sinon dans plusieurs coins, du désert Français? Pourquoi M. Raffarin ne nous excite-t-il pas l’imaginaire sur de telles perspectives? La France pourrait alors se regarder de haut, et s’émerveiller de son génie ». Une suggestion de plus pour faire plaisir aux Verts: on pourrait garnir la périphérie de la tour solaire par une armada d’aérogénérateurs (dits aussi éoliennes). Quand l’ensoleillement diminue, c’est en général que le vent prend le relais. Le site ne serait donc jamais en arrêt technique.

Pour en savoir plus
Phenom:
Article de Science et Avenir : http://www.sciencesetavenir.com/articles/p667/a24516.html
Partenaires industriels : http://www.eesi.tue.nl/projecten/projects.html
Description fonctionnelle : http://wwwhome.cs.utwente.nl/~pieter/projects/@ha.pdf
House-n, The MIT House of the Future
Article de Sciences et Avenir : http://www.sciencesetavenir.com/articles/p667/a24520.html
Kent Larson : http://architecture.mit.edu/~kll//
House_n Consortium : http://web.mit.edu/emunguia/www/research.html
Tour solaire de Buronga
Article du Monde : http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3244–288892-,00.html
EnviroMission : http://www.enviromission.com.au/index1.htm
Fiche technique du projet : http://www.aie.org.au/pubs/enviromission.htm
Schlaich Bergermann and Partner (SBP) : http://www.sbp.de/en/fla/index.html